Scénario 2026-2027 : l’Europe fait de la résistance
Dans un environnement incertain posant des défis de compétitivité et ne pouvant compter sur l’apport de la demande extérieure, les économies européennes arrivent à afficher une accélération de l’activité à un rythme aligné sur leur potentiel. Que ce soit par des mesures facilitant la désinflation ou par du soutien à l’investissement privé et public, le coup de pouce budgétaire vient à la rescousse, tandis que les banques centrales s’inscrivent en pause, avec une inflation pleinement maîtrisée dans la zone euro, partiellement au Royaume-Uni. Les effets du choc douanier paraissent modérés à niveau agrégé, mais sont plus violents dans certains pays. Les risques associés à ce scénario de résilience sont orientés à la baisse avec une réorganisation des flux commerciaux qui accroît la compétition sur les marchés mondiaux et sur le marché unique.
Après la dissipation du brouillard commercial américain, des rythmes de croissance en redressement
L’économie mondiale continue de faire preuve de résilience face à l’environnement d’incertitude et à l’accumulation des chocs. Aux États-Unis, la croissance, bien qu’en ralentissement, est restée vigoureuse en 2025, tirée par l’investissement en IA et des revenus, notamment du capital, en hausse. Nous anticipons une croissance supérieure à 2% tirée par une profitabilité élevée, des effets richesse des ménages et le soutien budgétaire. Les créations d’emplois ralentissent mais la baisse de la population active immigrée plafonne la remontée du taux de chômage. L’inflation resterait supérieure à 3% jusqu’à la mi-2026 tandis que la Réserve fédérale américaine (Fed) conserverait son taux directeur inchangé à 3,75% jusqu'à la fin de 2026. La poursuite de la désinflation permettrait une baisse à 3,50 à la mi-2027. L’écart de taux directeurs entre les États-Unis et la zone euro se stabiliserait en 2026 avec un taux de dépôt de la BCE inchangé à 2%, mais il se réduirait avec des remontées successives par la BCE en 2027 à 2,5%. Ainsi, l’euro se déprécierait modérément en 2026 pour se réapprécier en 2027.
Pour les grandes économies émergentes, nous prévoyons un ralentissement limité des exportations et une croissance qui ne devrait guère se tasser. La Chine devrait faire preuve de résilience avec une croissance passant de 5,0% en 2025 à 4,7% en 2026, stimulée par les investissements publics dans les infrastructures et dans certaines industries ciblées et le soutien budgétaire à la consommation des ménages.
❝ La hausse des prix des importations américaines en provenance de l’UE conforte l’hypothèse d’une absorption des coûts par les importateurs❞
Les évolutions attendues sur les matières premières fossiles restent aussi favorables à la croissance. Marqué par une demande relativement morose et une augmentation de l’offre de l’OPEP+, le marché pétrolier devrait rester excédentaire, malgré le risque lié aux menaces américaines sur l’importation de pétrole russe. Le prix du Brent est prévu stable à 63 dollars le baril. La baisse des prix du gaz reflète la confiance du marché, portée par l'essor des exportations américaines et les nouvelles infrastructures de gaz naturel liquéfié mondiales.
Coup de pouce budgétaire pour soutenir la demande domestique face à l’atonie de la demande étrangère
La zone euro et la Royaume-Uni afficheraient en 2026 une croissance de 1,2%, après 1,4% en 2026. Le ralentissement en moyenne annuelle est le résultat du jeu des acquis de croissance et ne reflète pas l’accélération qui est inscrite dans le profil trimestriel des deux scénarios et qui se poursuivrait en 2027 (au rythme de 1,3% pour la zone euro et de 1,4% pour le Royaume-Uni). La demande extérieure continuerait de freiner la croissance davantage outre-Manche où la hausse des cotisations a détérioré la compétitivité. La consommation accélérerait, mais à des rythmes modestes, bénéficiant au Royaume-Uni d’une désinflation plus tardive et plus marquée. Si l’accélération de l’activité en zone euro est redevable d’un effort accru d’investissement public et privé, au Royaume-Uni, l’accumulation de capital se maintiendrait au même rythme. Si la BCE concède une pause en 2026, satisfaite du retour de l’inflation à la cible, la BoE devrait opérer une dernière baisse des taux en 2026 avec une inflation sous-jacente toujours élevée.
Au sein de la zone euro, l’Allemagne jouerait le rôle de moteur de l’accélération avec une croissance à 0,9% en 2026. Le plan de dépenses en infrastructure et défense et une plus grande capacité d’endettement des États fédéraux permettrait une redynamisation de l’investissement avec des retombées positives sur les autres économies. En France, les facteurs de soutien (hausse des dépenses en défense dans l’Union européenne, bazooka budgétaire allemand, mais aussi redémarrage de l’investissement domestique) l’emporteraient sur les freins (hausse des droits de douane américains, notamment). L’instabilité politique ne pèserait plus particulièrement sur la croissance, mais l’ajustement budgétaire serait limité. En Italie, la croissance demeurerait limitée à 0,5% en 2026 avant d'atteindre 0,8% en 2027. La consommation des ménages et l'investissement productif devraient amortir le ralentissement grâce à quelques mesures de soutien prévues en 2026, bien que les marges de manœuvre budgétaires restent globalement limitées. Le rythme de l'activité reste durablement contraint par la correction attendue du secteur de la construction, l'exposition aux chocs externes et les impératifs de consolidation budgétaire. La décélération graduelle de la croissance en Espagne, de 2,8% en 2025 à 2,2% en 2026, résulte de son recentrage sur la demande intérieure. La consommation privée et l’investissement continuent de soutenir l’activité, dans un contexte de modération de la consommation publique et de normalisation progressive du marché du travail.
Résilience relative des exportateurs européens
Alors que les tensions autour du Groenland montrent à quel point la menace de nouvelles hausses tarifaires persiste, les effets négatifs de l’accord de Tunberry sur les pays de l’UE paraissent à ce jour limités. Les prix des biens importés par les États-Unis en provenance de l’UE s’affichent en hausse depuis le mois de mai, confortant l’hypothèse que les importateurs américains sont en train d’absorber les coûts, plutôt que demander des ristournes aux exportateurs européens. Ces derniers ont déjà réduit leurs marges à la suite de l’appréciation de l’euro et disposent de peu d’espace pour baisser davantage les prix de leurs exportations. Ils peuvent s’appuyer sur l’unicité de leurs produits et sur les capacités excédentaires limitées des producteurs américains pour substituer leurs productions, même si le risque d’une substitution par des produits de pays tiers sur le marché américain existe, en dépit de droits de douane plus avantageux que les concurrents. L’impact avéré sur les exportations est en ligne avec notre estimation, soit une baisse de 1,6% en volume sur les dix premiers mois de 2025 (en prenant en compte les exportations par anticipation au T1) par rapport à la même période de 2024. À noter que cette baisse est de la même ampleur sur le marché américain et sur l’ensemble des marchés mondiaux, ce qui reflète une baisse de la compétitivité plus généralisée et probablement liée au renchérissement de l’euro. La diminution des exportations est néanmoins hétérogène entre pays et secteurs, avec l’Allemagne et l’Italie qui ont essuyé des pertes plus importantes que la moyenne de l’UE.
Menaces accrues sur le marché unique
Au-delà des possibles pertes de part de marché aux États-Unis, le risque pour les pays européens est celui d’une perte de compétitivité sur les marchés mondiaux ainsi que sur le marché unique. Les capacités excédentaires chinoises et la fermeture du marché américain aux produits chinois posent un défi considérable à l’économie européenne. Les gains de parts de marché des produits chinois sur le marché unique au cours de la dernière année sont le résultat d’une réorientation vers l’Europe des exportations autrefois dirigées vers le continent américain. Les importations en valeur en provenance de Chine depuis 2022 ont augmenté de 55 milliards d’euros par rapport à leur moyenne d’avant la Covid (2015-2019). Dans son suivi de la réorientation des flux de la Chine vers l’UE, la Commission européenne identifie les secteurs présentant un risque de hausse préjudiciable des exportations depuis janvier 2025. Elle enregistre la fréquence des produits pour lesquels on observe une hausse de minimum 5% des importations accompagnée d’une baisse d’au moins 5% du prix. La distribution de ces signaux rend compte d’une augmentation significative des importations chinoises dans les secteurs des plastiques et minéraux non métalliques, dans la chimie, dans les produits électroniques, dans le textile, dans les machines-équipement et dans les équipements de transport. Le suivi fait état notamment d’une très forte progression des importations de véhicules hybrides chinois (non couverts par les droits de douane compensatoires sur les véhicules électriques) qui passent de 24 500 unités sur les trois premiers trimestres de 2024 à 122 000 sur les trois premiers trimestres de 2025, tandis que les immatriculations n’ont progressé que de 31%.
Les importantes baisses de prix associées à cette pénétration signifient qu’une impulsion désinflationniste est dans les tuyaux en ce qui concerne les prix des biens industriels non énergétiques.
Pour en savoir plus, consultez notre publication Scénario 2026-2027 : l’Europe fait de la résistance